01 mai 2012

Sondage Vote blanc : IFOP les 9 et 10 avril 1998


Un sondage qui a prés de quinze ans oui, mais qui ne subit pas l'influence du vote utile consécutif au 21 avril 2002.

Sondage réalisé par l'IFOP les 9 et 10 avril 1998, auprès d'un échantillon de 954 personnes :
Question : Aux élections, on recense ensemble le vote blanc (c'est à dire une feuille blanche dans l'enveloppe) et le vote nul (c'est à dire par exemple un bulletin rayé ou plusieurs bulletins différents à la fois).

Vous-même, vous est-il déjà arrivé de voter blanc ou nul?


RéponsesPourcentage
Souvent7
Quelquefois13
Très rarement16
Jamais63
Ne se prononcent pas1






Question : Et comment auriez-vous voté si vous aviez eu le choix entre les possibilités suivantes?



Avec un bulletion blanc à la disposition des électeurs.(en %)Dans les conditions effectives du 15 mars 1998.(en %)
Extrême gauche34.2
Gauche Plurielle et Divers Gauche2936.8
Ecologistes, Indépendants, Chasseurs et Divers67.9
Droite modérée2735.6
Front National815.3
Extrême droite-0.2
Blanc27-

 Question : Ceux qui y sont défavorables pensent que les élections doivent servir à élire un candidat et que la reconnaissance du vote blanc rendrait le fonctionnement de la démocratie encore plus difficile qu'aujourd'hui.Etes-vous tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas d'accord du tout avec cette façon de voir?

Tout à fait d'accord20 %
Plutôt d'accord26 %
Plutôt pas d'accord26 %
Pas d'accord du tout25%
Ne se prononcent pas3%
Question : A l'avenir, certains proposent qu'à côté des bulletins de vote au nom des candidats figure un bulletin blanc et que les bulletins blancs soient pris en compte dans les suffrages exprimés.
Ceux qui sont favorables à cette réforme estiment que grâce à cela il y aura moins d'abstention aux élections.

Etes-vous tout à fait d'accord, plutôt d'accord, plutôt pas d'accord ou pas d'accord du tout avec cette façon de voir?
Tout à fait d'accord20 %
Plutôt d'accord35 %
Plutôt pas d'accord13 %
Pas d'accord du tout30 %
Ne se prononcent pas2 %








Question : En votant blanc ou nul, avez-vous en règle générale voulu manifester...? 


Base : personne déclarant avoir déjà voté blanc, soit 36% de l'échantillon.Le total des pourcentages dépassent 100% du fait des réponses multiples.
Votre refus des candidats en présence36
Votre hostilité à l'égard de la politique35
Votre difficulté à choisir entre les candidats en présence20
Votre désintérêt13
Votre manque d'information11
Ne se prononcent pas1











Question : Au total, estimez-vous qu'il est souhaitable ou pas souhaitable...?

SouhaitablePas souhaitableNSP
De comptabiliser les votes blancs parmi les suffrages exprimés62362
De mettre à la disposition des électeurs un bulletin blanc à coté des bulletin au au nom des candidats59401
De distinguer dans le décompte des suffrages le vote blanc et le vote nul62344








Commentaire de Jérôme Jaffré, Directeur du Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique.

        Au second tour le l'élection présidentielle de 1995, le vote blanc et nul a frôlé les deux millions de suffrages et recueilli 4.8% des électeurs inscrits, 6% des votants. Pourtant, l'électeur "blanc" reste un inconnu dans notre système politique. Il ne figure ni parmi les abstentionnistes dont il se distingue soigneusement, ni parmi les suffrages exprimés.

        Dans l'opinion publique, la demande en faveur de sa reconnaissance est forte, comme le montre le sondage réalisé à l'initiative du PARTI RADICAL en vue du colloque qui se tiendra à l'Assemblée nationale le 23 avril. L'enquête, conçue avec le CECOP, a été réalisée par l'IFOP les 9 et 10 avril, auprès d'un échantillon de 954 personnes. Elle révèle qu'une nette majorité des personnes interrogées souhaite que le vote blanc soit comptabilisé parmi les suffrages exprimés et même que les électeurs trouvent à leur disposition dans les bureaux de vote un bulletin blanc à côté des bulletins libellés au nom des différents candidats. 

        Tout semble aujourd'hui se conjuguer en ce sens : le désir naturel des électeurs d'élargir la palette des choix possibles et reconnus et le climat de critique aiguë envers la politique qui règne dans le pays.

        7% des Français, ce qui représente environ trois millions de personnes, déclarent avoir souvent voté blanc ou nul, 13% quelquefois, et 16% très rarement. Les motivations de vote de l'électeur "blanc", qui le distinguent des abstentionnistes, ne sont ni le désintérêt ni le manque d'information mais avant tout le refus des candidats en présence et l'hostilité à la politique - qui est même la raison principale avancée par ceux qui recourent souvent à ce mode d'expression.

        Reconnaître le vote blanc rencontre la faveur d'environ 60% des personnes interrogées par l'IFOP contre 40% d'avis contraire. Ce sont surtout les jeunes électeurs qui se prononcent en ce sens (à 75% chez les moins de 35 ans). 86% des cadres supérieurs et professions libérales s'y déclarent favorables. Enfin, quelle que soit l'orientation politique des interviewés, une majorité se prononce en ce sens, à gauche, à droite ou à l'extrême droite. Les plus réticents se trouvent au RPR (51% d'avis favorables, 47% hostiles). Mais ceux qui déclarent ne jamais voter nul ou blanc l'acceptent (à 52% contre 46%).

        Cependant les interviewés se montrent très partagés sur les effets d'une telle réforme. Seuls 55% pensent que la reconnaissance du vote blanc permettrait de réduire l'abstention, contre 43% qui ne le croient pas. Preuve sans doute que l'usage du vote blanc est avant tout protestataire. L'argument contre le vote blanc selon lequel il desservirait la démocratie en rendant plus difficile l'élection des candidats recueille l'approbation de 46% des personnes interrogées. Ce qui tend à montrer que le débat public, s'il s'engage, sera plus ouvert que ne le laisseraient croire les chiffres globaux de l'enquête.

        L'usage d'un bulletin blanc à la disposition des électeurs le jour du vote modifierait-il les résultats des élections ? On a cherché à le savoir en faisant revoter les sondés au deuxième tour de la présidentielle comme aux régionales en incluant dans les choix possibles le vote blanc. Environ un quart des personnes interrogées (23% à la présidentielle, 27% aux régionales), y aurait eu recours - proportion absolument énorme mais probablement exagérée par la facilité ainsi donnée aux abstentionnistes de transformer leur non-vote en comportement plus civique. Toutefois parmi ceux qui sont allés voter, les proportions restent importantes : 14% des électeurs du second tour de la présidentielle auraient voté blanc et 12% pour les élections régionales.

        L'effet sur les résultats serait considérable. Certes il n'y aurait pas d'inversion des vainqueurs. Mais Jacques Chirac au lieu de l'emporter par près de 53% des suffrages exprimés aurait gagné avec 40% des voix contre 37% à Lionel Jospin - de quoi affaiblir la légitimité de tout président élu. Aux élections régionales, toutes les formations politiques auraient pâti de la reconnaissance du vote blanc. C'est, relativement aux autres forces politiques, le Front National qui aurait été le plus touché puisque son score serait tombé de 15.3% des suffrages exprimés à 8% des voix, soit une diminution de près de la moitié de son influence, contre environ le quart pour la gauche et pour la droite modérée.

        Au total, ce sondage sur le vote blanc constitue un bon révélateur du malaise politique français. La progression des suffrages blancs et nuls ces dernières années, la demande de reconnaissance du vote blanc par l'opinion publique traduisent la montée des attitudes contestataires y compris dans le domaine électoral. La question qui se pose est de savoir s'il vaut mieux reconnaître le vote blanc comme exutoire civique ou attendre que la protestation emprunte des chemins qui pourraient se révéler plus dangereux.

Jérôme Jaffré
Directeur du Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique (CECOP)

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