Qu'est-ce que le vote blanc?
Les
députés se sont prononcés jeudi à l'unanimité pour la reconnaissance
des votes blancs, distingués des votes nuls, mais la majorité socialiste
a repoussé l'entrée en vigueur de cette mesure prônée par l'UDI après
les prochaines élections municipales. [..] Ce chiffre élevé, résultant notamment de la consigne de vote de Marine Le Pen,
a presque égalé le record de 1969 (6,4%) lorsque les communistes
avaient refusé de choisir entre le centriste Alain Poher et le gaulliste
Georges Pompidou. [..] (En analysant la répartition des votes au lendemain de l'élection, on voit que le report de vote FN vers les bulletins blancs n'est pas plus importants que les autres reports. Autrement dit, beaucoup de gens ont voté blanc pas seulement les électeurs FN. ndlr)
Une proposition de loi qui peine à aboutir
Depuis
vingt ans, des parlementaires militent, et déposent des propositions de
loi, en faveur du vote blanc. Au total, une vingtaine de textes,
presque exclusivement déposés par les centristes (UDF, Nouveau centre ou
UDI) et les écologistes, ont été rejetées. [..]
Au vu des résultats de l'élection
présidentielle, l'UDI s'est faite entendre des autres formations. Mais
sa proposition de loi était loin d'être prioritaire. Ce texte ne
rentrera pas en vigueur avant le 1er avril prochain. En effet, les
socialistes, provoquant la fureur de l'UDI, ont fait passer un
amendement qui décale l'application du texte pour après les municipales.
"La logistique nécessaire à l'organisation des scrutins municipaux, qui
coûte des millions d'euros, est déjà lancée. Nous ne pouvions donc la
remettre en question", explique au JDD.fr le député PS Pascal Popelin, auteur de l'amendement. [..]
Qu'est-ce que cela changera?
Les
électeurs ne pourront toutefois pas peser sur l'issue du scrutin
puisque leurs bulletins ne sont pas décomptés dans les suffrages
exprimés. Ce que réclame depuis des années le Parti du vote blanc de
Stéphane Guyot. "Le pouvoir politique a peur de voir des votes blancs
atteindre un pourcentage plus élevé que ceux de leurs partis",
analyse-t-il.
Au contraire, Pascal Popelin estime que la
proposition de loi votée jeudi "est une modernisation essentielle". Et
d'expliquer que "compter les blancs pourraient créer des problèmes
insolubles". Le député socialiste rappelle que le président de la
République est élu, selon la Constitution, "à la majorité absolue des
suffrages exprimés". Si les votes blancs étaient majoritaires, aucun
chef de l'Etat ne pourrait donc être élu. Mais justement, pour Stéphane
Guyot, "c'est en cela que le vote blanc serait une arme
révolutionnaire".
Daniel Schneidermann (Arrêt sur images):
(ndlr : Il est dommage que l'obsession tourne
autour du vote Le Pen, car en plus de l'audience que cela donne à ce
parti, il repousse encore la possibilité d'un débat de fond sur les
solutions. Il y a encore chez Daniel Schneidermann, cet esprit de cour qui masque la possibilité d'un débat hors des canaux habituels et motivations habituelles)
[..]La comptabilisation du vote blanc est une excellente idée. Mieux
qu’une bonne idée : une exigence civique. Il doit être possible de dire
que l’on ne se reconnaît pas dans « l’offre politique ». Mais présenter
cette réforme comme une manœuvre désespérée anti-FN est la meilleure
manière de la saborder. De toute façon, pas de panique : aux dernières
nouvelles, le PS donnerait son accord à la réforme, mais... après les
prochaines municipales.
Les cris de la France des invisibles
Les votes blancs, tiens, justement, les voici. Sans violence, sans
bonnets rouges, ils ont pris le pouvoir à Libé ce jeudi matin. Justine,
l’étudiante de Béziers caissière à temps partiel, les artisans
découragés d’Angers, le public populaire du théâtre de Valenciennes,
Morgan la reporter de la radio bilingue de Centre Bretagne, ou encore
Yann, désormais au chômage après s’être cassé les articulations dans un
abattoir breton, à soulever des dindes de quinze kilos : le journal
consacre ses premières pages à de beaux portraits, retentissant des cris
de la France des invisibles, cette France à laquelle France
3 consacrait une soirée voici quelques semaines (et nous-mêmes, ici, une émission).
Supermarchés qui réalisent leurs plus gros chiffre d’affaires le 5 du
mois (jour du versement des prestations sociales), billets glissés aux
parents pour qu’ils puissent remplir le réservoir de la voiture,
déprimes silencieuses à l’abri des pavillons, malheur qui passe sous les
radars.
Un seul envisage de voter FN
On lit. Tout. Avidement. Mais, lecture faite de ces cinq reportages,
reste comme un manque. Une absence. Ah oui, c’est bien ça : parmi tous
ces Français que Libé a rencontrés, aucun n’envisage de voter FN aux
prochaines municipales ou européennes. On lit et on relit. Même au fond
de leur détresse, ils résistent.
Ah si, un seul, à la fin du dernier reportage : c’est Pascal, 50 ans,
patron d’une boîte de motoculture, rencontré dans un bistrot de
Lorraine. Oui, lui, « malheureusement », admet-il, votera FN au premier
tour, « mais j’espère qu’ils ne passeront jamais ». Un seul, sur une
vingtaine d’interviewés.
De deux choses l’une : soit les sondages alarmants publiés (y compris dans Libé)
sur les Français qui « n’excluent pas » de voter Le Pen sont
mensongers, soit le journal n’a pas rencontré les Français de ces
sondages.